La Technique du Terrorisme

"Bien que je sois personnellement satisfait des explosifs existants, j’estime que nous ne devons pas faire obstacle au progres ...

Winston Spencer Churchill paru dans La Deuxieme Guerre Mondiale, 1950 (London: Cassell) vol. III

L’invention de la locomotive à vapeur, et plus tard la théorie de l’information, constituent les seuls cas authentiques de technologies précédant les sciences sur lesquelles elles sont fondées. C’est du moins ce que les physiciens entendent souvent. Je proposerais d’ajouter à cette mince liste les technologies anciennes et modernes du terrorisme. Le pragmatisme indifférent des alchimistes médiévaux, des ingénieurs et des guerriers ont permis l’usage d’armes d’une brutalité et d’un pouvoir de destruction extrêmes dès le 4e siècle.

Nul besoin d’avoir été "un génie" pour découvrir qu’avec les gisements naturels de pétrole des pays du Moyen-Orient, tels que l’Iran et l’Irak 1, des chiffons imbibés de cette substance flamberaient et deviendraient de véritables bombes. Jeter du feu à la figure de l’ennemi est ce qui a permis à Constantinople d’éviter d’être conquise pendant 700 ans. La distillation du mazout léger par Mary, l’alchimiste égyptienne, a plus tard ouvert de nouvelles possibilités techniques et, pendant un certain temps, les dispositifs incendiaires faisaient rage. En fait, "liber ignium", ou le livre des feux, a mis à la portée d’un grand nombre des recettes de dispositifs incendiaires sophistiqués dès le 12e siècle.

Par exemple, une préparation de soufre, de bitume, de pyrites, de jus de mûres et de chaux vive, mélangée et gardée dans un contenant hermétique, peut être particulièrement efficace. Apparemment, cette préparation appliquée sur les épaules d’un ennemi durant la nuit s’enflammerait une fois le soleil levé. La façon dont elle était enduite n’est pas très évidente, mais il paraît que les terroristes en étaient le plus souvent satisfaits.

L’avènement des explosifs a bien entendu modifié le paysage considérablement. Les armes conventionnelles tels que le feu grec (huile brûlante lancée par une pompe à main) ainsi que la bombe incendiaire (connue sous le nom de cocktail Molotov des siècles plus tard) sont devenues choses du passé. La poudre noire, une préparation de salpêtre (nitrate de potassium), de soufre et de charbon, a été utilisée en premier lieu en Chine au 10e siècle, et les projectiles explosifs sont apparus, souvent lancés par des tubes en bambou, au cours des trois siècles suivants. Il est intéressant de noter que les explosifs n’ont été utilisés à des fins pacifiques qu’au 17e siècle, en particulier, pour l’exploitation minière.

Une fois les explosifs devenus disponibles, on rechercha un pouvoir d’éclatement ou d’explosion plus puissant. La Première Guerre mondiale a vu l’arrivée du TNT (trinitrotoluène), suivi du RDX (trinitrate de cyclotrimethylène) lors de la Deuxième Guerre mondiale. L’évolution des explosifs plastiques a alors permis aux nouveaux terroristes de générer des matériaux à stabilité variable en ajoutant des plastifiants au RDX, et ainsi des armes sans discernement tels les bombes placées dans les autos et les dispositifs d’auto-immolation.

Alors que peut faire le physicien, ou le lecteur de cette revue, face à cette dangereuse situation dans laquelle le terroriste semble posséder tous les atouts et détenir autant l’élément de surprise que de la destruction entre ses mains? La vigilance est certainement utile, mais ne constitue pas la solution au problème de détection d’explosifs dans les endroits où ils sont déposés. Heureusement, les tomodensitomètres, utilisés en médecine et en d’autres domaines, peuvent maintenant être adaptés à des fonctions antiterroristes, toutefois à un coût très élevé. En outre, les méthodes de diffusion atomiques et nucléaires se sont révélées efficaces pour identifier les explosifs riches en nitrogène, tels que le Semtrex, placés dans des valises et autres contenants. Ces méthodes sont toutefois dispendieuses et toujours au stade de développement.

Il reste beaucoup à faire. Les scientifiques doivent chercher des solutions efficaces au problème de détection d’explosifs. Lors d’une conférence sur l’utilisation des techniques nucléaires, qui a eu lieu à Mykonos (Grèce) en 1991, on a tenté d’aborder ce sujet. Alors que des solutions partielles ont été apportées, ce physicien-participant a gardé la solide impression qu’il était pratiquement impossible, en utilisant les techniques actuelles, de distinguer entre le Semtrex placé dans la valise d’un terroriste et les graines oléagineuses riches en azote de la poche d’un fermier de la Saskatchewan. Beaucoup de recherches techniques restent à faire, la plupart d’entre elles ingrates pour le chercheur fondamental.

J.S.C. (Jasper) McKee, phys.
Rédacteur en chef, La Physique au Canada
mckee@physics.umanitoba.ca

NOTE: Le genre masculin n'a été utilisé que pour alléger le texte.



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