Tapan Kumar Bose, 1938-2008
Tapan Kumar Bose, professeur émérite à l'Université du Québec à Trois-Rivières et fondateur de l'Institut de recherche sur l'hydrogène (IRH), est décédé subitement le 24 janvier 2008. Récipiendaire de la médaille du Gouverneur général du Canada en 1993, il a aussi reçu, entre autres, le Meritorius Service Award de la National Hydrogen Association (USA) de même que la médaille de reconnaissance de l'Association canadienne de l'hydrogène, et il a été admis en 2005 au cercle d'excellence de l'Université du Québec.
Après avoir obtenu un baccalauréat et une maîtrise en physique de l'Université de Calcutta, le professeur Bose a complété son doctorat à l'Université de Louvain en 1965. Il a ensuite effectué des recherches postdoctorales au laboratoire Kammerlingh Onnes à Leiden ainsi qu'à l'Université Brown, au sein de l'équipe de R. H. Cole. Prêt à entreprendre une carrière universitaire, il n'hésita pas, en 1969, à se joindre à une institution toute nouvelle, l'UQTR. Il y amorcerait, avec quelques autres, une solide tradition de recherche, en plus de renouer des amitiés faites à Louvain.
À Brown, le professeur Bose avait réalisé des mesures précises des coefficients du viriel de la permittivité et de la pression de différents gaz purs ou mélanges. Il poursuivit ces travaux à l'UQTR, avec ses étudiants et collaborateurs, ne cessant toutefois de les étendre. De la permittivité statique, il passa à l'indice de réfraction, pour ensuite s'intéresser aux propriétés d'absorption du rayonnement électromagnétique dans les micro-ondes et dans l'infrarouge. Son laboratoire permettait donc d'étudier la réponse de différentes substances à une excitation électromagnétique sur une très large gamme de fréquences. En 1980, il fondait le groupe de recherche sur les diélectriques, avec le collaborateur de toute sa carrière, Jean-Marie St-Arnaud.
Avec un laboratoire bien pourvu et une solide expérience des mesures précises, le professeur Bose s'attaqua à l'étude du comportement critique, sujet chaud des années '80. Il mit en lumière l'anomalie de la permittivité et de l'indice de réfraction de mélanges près du point critique de démixtion. Mais à la même époque, différents chercheurs notaient que les méthodes qu'il avait développées pour la détermination de la permittivité et de l'indice de réfraction pouvaient servir à la mesure précise de la quantité de gaz circulant dans un gazoduc.
Sans interrompre ses travaux fondamentaux, le professeur Bose amorça alors une toute nouvelle problématique de recherche, de nature appliquée. C'est alors que son remarquable talent d'organisateur se révéla véritablement. Rapidement, son groupe de recherche grandit, et il réussit à obtenir d'importantes subventions et commandites pour l'étude du gaz naturel d'abord, et de l'hydrogène ensuite. Il fonde l'IRH en 1994 et, l'année suivante, reloge son équipe dans un édifice moderne érigé au moyen de fonds qu'il a lui-même trouvés. Comptant une cinquantaine de chercheurs, assistants techniques et étudiants, l'IRH devient vite un centre de réputation internationale. On y étudie, en particulier, le stockage d'hydrogène par adsorption dans des micropores ou nanotubes de carbone, ou par réfrigération magnétique; son utilisation dans des piles à combustible ou dans des moteurs à explosion; la modélisation de son comportement en présence de flammes; et son usage dans des systèmes autosuffisants, alimentés entre autres par l'éolienne qui est devenue la marque du campus de l'UQTR. Malgré toutes ses responsabilités, dont celles de président de l'Association canadienne de l'hydrogène et de président du comité technique ISO TC 197 sur les technologies de l'hydrogène, et malgré ses nombreux déplacements, le professeur Bose s'investit dans chacun de ces projets. À sa retraite, en 2005, l'édifice de l'IRH est renommé " Pavillon Tapan K. Bose ". Il poursuivra, dans ses dernières années, ses efforts auprès de l'industrie et des gouvernements pour l'utilisation de l'hydrogène et des sources d'énergie sans émission de carbone.
Aucun de ceux qui ont bien connu Tapan ne restait indifférent à sa forte personnalité. Grand travailleur, doué d'une inépuisable énergie, il savait aussi savourer de bons moments de détente avec ses collègues et amis. Il adorait la discussion, piquant souvent son interlocuteur en exprimant une opinion à laquelle l'autre ne pouvait que réagir. Fonceur, soutenant indéfectiblement ses collaborateurs, il oubliait vite les conflits et n'en gardait jamais rancune. Il avait une inébranlable confiance en son intuition, et un pouvoir de conviction à peu près irrésistible. Né en Inde à l'époque coloniale, il n'en a pas moins conservé un profond respect des institutions britanniques, et est toujours resté le produit de deux cultures. Il rêvait de faire de sa région d'adoption la " Vallée de l'hydrogène ". Il aura laissé à l'UQTR la marque d'un véritable bâtisseur.
Louis Marchildon